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Méthode d'alphabétisation et de F.L.E.  

 

  Tout d'abord, je tiens à préciser que toutes les langues sont belles et nous apportent quelque chose d'unique, propre à chacune d'entre elles.  Un enseignement sur notre histoire commune, humaine ...La communication avec l'autre passe par le langage oral et écrit (mais pas uniquement). Le grand malheur de l'humanité est que le langage s'est diversifié. Un chien chinois s'entendra avec un chien allemand ou turc ou même colombien : ils auront toujours la même langue ...et le même langage puisqu'il n'y a pas de syntaxe, pas de grammaire et pas de différence en vocabulaire ! Les groupes humains s'étant diversifiés , s'étant éloignés, le langage a donc évolué, ce qui a généré le fait d'avoir plusieurs langues (plusieurs codages) pour exprimer (au fond) les mêmes choses.

 

Suite à mon expérience en tant que Formatrice professionnelle  en alphabétisation et en Français Langue Etrangère (F.L.E.) pour diverses associations et en particulier pour l’association Aclé (http://associationacle.org) il m’a semblé utile de dresser un « bilan » de cette expérience. Etant bilingue du fait d’être née d’un père Français et d’une mère Marocaine je n’ai donc aucune difficulté à passer aisément du français à l’arabe.

 

Tout d’abord, il me semble judicieux de distinguer deux groupes concernant la population Maghrébine : le groupe dit arabophone (formé de personnes, sinon scolarisées, du moins ayant appris l’arabe dialectal et ayant vécu dans un milieu plutôt citadin, dans une ville moyenne de province, voire une grande ville) et le groupe berbérophone (un groupe ou « public » formé de personnes issues d’un milieu rural, de villages éloignés des villes,  plutôt pauvres), ne parlant pas l’arabe et la plupart du temps n’ayant donc pas été scolarisées. La langue officielle, du Maroc, et de toute l’Afrique du Nord, est l’arabe. Cependant, la langue, disons commune, est l’arabe dialectal (un dialecte issu de l’arabe et du berbère, langue du Maghreb avant l’arrivée des Arabes et comprenant plusieurs dialectes). L’arabe dit dialectal peut varier quelque peu d’un pays du Maghreb à un autre puisque les dialectes berbères varient eux-mêmes d’un pays du Maghreb à un autre. Au Maroc par exemple le dialecte berbère des montagnes Rifaines n’est pas le même que le dialecte berbère des montagnes du Souss, ni le même que celui des villages du sud du Sahara ou encore de celui du Moyen Atlas. Les différences, bien que minimes parfois pour un linguiste, existent bel et bien. L’arabe littéraire est identique dans tous les pays arabophones et c’est bien sans doute la raison qui fait que cette langue est devenue officielle dans tous les pays maghrébins. La majorité de la population marocaine utilise l’arabe (du moins l’arabe dialectal) et les personnes lettrées connaissent, elles, l’arabe littéraire. Donc, à défaut de connaître l’arabe littéraire (qui est la langue officielle du Maghreb comme dans tous les pays arabophones) la majorité de la population parle l’arabe dialectal. À noter que beaucoup de personnes sont bilingues (arabe/berbère), ce qui est excellent à mon avis car la culture berbère est fort intéressante et ne doit pas disparaître.

 

Il existe cependant un groupe berbérophone ne parlant ni l’arabe dialectal ni, encore moins, littéraire.  Il s’agit donc là de personnes uniquement berbérophones et souvent donc n’ayant jamais été scolarisées (ou très peu, à peine le niveau primaire) puisque ayant vécu en milieu rural, dans des régions plus agricoles qu’industrielles, parfois dans des villages très reculés. Ces personnes berbérophones ne se comprennent d’ailleurs pas toujours entre elles car les dialectes peuvent varier d’un village à un autre, et ce dans la même région.

 

Ces dialectes berbères sont forcément (de par l’histoire et la géographie) ceux des ancêtres ou des aïeules de la majorité du peuple Maghrébin. Bien avant l’arrivée des Arabes au Maghreb existaient ces peuples Berbères vivant sur les territoires d’Afrique du Nord, descendants des peuples Berbères antiques de ces régions méditerranéennes d’Afrique du Nord  (ces peuples se sont mélangés aux Romains, Phéniciens et aux Carthaginois qui ont évolué par rapport aux autres Phéniciens …). Il existait donc déjà un dialecte propre à ces peuples Méditerranéens avant l’arrivée des Arabes.

 

Ce groupe berbérophone est constitué essentiellement de femmes ou de jeunes filles se retrouvant en France par regroupement familial. Très peu d’hommes sont, d’une façon générale,  uniquement berbérophones,  pour la simple raison suivante : si on doit scolariser un enfant dans une famille rurale on scolarisera le garçon en priorité…parce que la scolarité peut être un luxe dans des contrées reculées et le luxe coûte cher ! Cette constatation est d’ailleurs, à mon humble avis, valable pour beaucoup de pays dits du « tiers monde » ou « quart monde ». Les raisons sont multiples : historiques, géographiques, financières, culturelles…. En effet on hésite à envoyer une jeune fille à l’école si celle-ci se trouve à un ou deux kilomètres alors qu’on hésitera moins d’y envoyer un garçon. On préfère également faire plus de sacrifices pour scolariser un garçon qui deviendra à son tour « chef de famille » que pour une fille qui deviendra « épouse et mère de famille ». En effet le garçon est destiné à travailler à son tour, à se marier et subvenir aux besoins de sa femme, ses enfants et le cas échéant de ses parents,  lorsqu’ils ceux-ci ne pourront plus travailler. Le garçon est en quelque sorte leur « retraite ». La fille, elle, est destinée à se marier et elle prendra le nom de son époux. Elle « appartiendra » donc à son mari et sa belle famille ...donc une autre famille que celle dont elle est issue. Le chef de famille va donc « miser »  sur le garçon et non sur la fille qui doit un jour partir pour devenir épouse et mère dans une nouvelle famille alors que le garçon, lui, restera et continuera de porter le nom de son père. Le garçon doit fonder une nouvelle famille pour perpétuer la lignée alors que la fille doit apprendre à s’occuper de son mari (apprendre à faire le pain, à cuisiner, à entretenir la propreté du foyer) et à élever ses enfants. La majorité de la société humaine étant une société patriarcale, l’analphabétisme des filles est donc le résultat de toutes ces difficultés géographiques, de la pauvreté ainsi que des habitudes et cultures ancestrales combinées.

 

Il est important d’ajouter à cela qu’il est bien plus difficile d’apprendre à lire et écrire à l’âge adulte qu’il n’est de le faire avant l'âge de 5 ou 6 ans. Le mécanisme de la lecture doit être enclenché le plus tôt possible, dès que l’enfant acquiert celui du langage. Plus on apprend à lire tardivement et plus cet apprentissage devient difficile et laborieux. La majorité des femmes maghrébines que j’ai  rencontrées dans les associations sont issues de milieux pauvres, agricoles ; elles sont dépendantes de leur époux avec de grandes charges domestiques et donc par conséquent peu de temps pour elles. Il est plus facile d’apprendre à lire, écrire ou même une nouvelle langue lorsqu’on est enfant que lorsqu’on est maman analphabète de quatre ou cinq enfants dont il est normal de s’occuper.

 

Il est donc primordial de comprendre et d’être proche de ces personnes pour les aider de façon efficace et pour cela il est essentiel de comprendre leur milieu et leur histoire. Il faut donc partir de leurs connaissances et de leur vécu pour envisager un apprentissage. Leurs connaissances et leur vécu doivent donc servir de tremplin pour accéder et « enclencher » ce mécanisme de lecture/écriture.  Pour cela, on peut utiliser des images, des notions concrètes ou mêmes abstraites mais on doit partir de choses quotidiennes pour peu à peu arriver à ce qu’on appelle l’alphabétisation. Tout au long de mon expérience je n’ai cessé d’utiliser ce que j’appelle des « mots-clefs » comme par exemple pour l’adjectif. J’ai toujours expliqué que ce mot est un caméléon car sa fonction même l’exige. Le caméléon change de couleur selon son environnement ainsi l’adjectif qui change d’orthographe selon le nom auquel il s’accorde. Le mot « caméléon » est donc un « mot-clef » tout comme « fil/aiguille » etc…

 

 

1) Un pantalon bleu

2) Des pantalons bleus       Le  mot bleu est écrit 4 fois et 4 fois de façon différente

3) Une veste bleue            (bleu est un mot «caméléon» qui change selon le nom auquel il est attribué)

4) Des vestes bleues

 


J’ai compris que cette méthode est, à mon avis, la meilleure suite à mon expérience auprès de ce public Maghrébin mais suite aussi au fait qu’étant bilingue je peux comprendre la difficulté, au niveau des « sons » rencontrées par ces personnes (je parle leur langue mais elles ne parlent pas la mienne). Je suis francophone et arabophone (de naissance et je ne pourrais dire qu’elle est ma langue « maternelle » puisque j’en ai deux, non pas deux mamans, bien sûr, mais deux langues apprises en « parallèle », l’une apprise de ma mère Marocaine, avec toutes ses subtilités ( subtilités qu’on ne peut acquérir que très tôt) et l’autre, celle de mon père, avec également ses subtilités propres (mais que j’ai pu tout à fait  comprendre et acquérir également  très tôt aussi). Donc, pour moi il est aisé de comprendre ces deux langages, ces deux mondes bien qu’ils puissent paraître différents aux yeux du quidam. Les personnes, que je dois accompagner dans leur apprentissage du français, ne sont, elles, que Berbérophones voire Arabophones mais pas du tout Francophones ! Ce qui implique qu’elles ne connaissent qu’une partie de ce monde que moi je connais mieux. Je connais donc un peu leur univers sans que, elles, ne connaissent le mien. C’est pour cette raison qu’il me semble qu’accompagner les adultes ou adolescents dans leur apprentissage du français n’est pas uniquement "transmettre" la langue, enseigner c’est « transmettre comme il faut » ; c’est à dire faire de sorte que ce qu’on "transmet" soit transmis de façon correcte, de façon réelle et non « vu par une lorgnette » et non erronée (ou selon son « monde à soi »). Il est bien plus difficile d’apprendre les sons « on » et « gn »  pour un adulte qui n’a quasiment jamais entendu ce son  qu’il ne l'est pour une une personne dont ils seront familiers. Le son « b » est familier aux arabophones parce que ce « son », cette lettre, existe en arabe (bien qu’elle s’écrive différemment) ; et là l’apprentissage devient forcément plus facile puisqu’il s’agit juste de transcrire la lettre arabe en lettre latine [m= , b = , j = (mais les deux consonnes ch = ; c'est-à-dire que pour prononcer ce son en français on a besoin de deux lettres, la lettre « c » avec la lettre « h », toutes deux consonnes, alors qu’en arabe une seule lettre suffit , la lettre )  comme ou =  و]. Pour me faire comprendre je dirais que, par exemple, pour faire le son « t » qui existe en langue latine il faudrait deux lettres ensembles dans une autre langue …et d’ailleurs c’est le cas pour faire le son arabe de la lettre   ,qui est une lettre entière, la lettre tout simplement ! Et qui existe également en espagnol, c’est la fameuse jota, la lettre « j » en espagnol se prononce comme la lettre en arabe (mais ce son existe aussi en allemand …). Transmettre, enseigner (peu importe le terme utilisé) une nouvelle langue à une personne c’est bien souvent, et plus encore parfois, lui enseigner de nouveaux « sons » ou phonèmes. Ce n’est tout de même pas pour rien qu’on dit langues latines pour les langues occidentales …bien que le «th » anglais soit plus proche du «» arabe que du « » français et que le « j » espagnol soit identique du «» arabe que du « » français.

 

LES SONS « S’APPRIVOISENT » DES L’ENFANCE : Dès notre prime enfance nos cordes vocales se forment pour la vie ! Nous apprenons à parler avec notre mère (puisque c’est la mère qui est tout d’abord au contact de l’enfant) et c’est donc tout naturellement que ce soit la langue que nous ayons apprise en premier (c’est bien pour cette raison qu’on dit « langue maternelle », première langue qu’on entend lorsqu’on est dans le giron de sa mère). Ce qui veut dire qu’avec « première langue » il y a forcément « premiers sons » ; ces « sons » (ou phonèmes) sont enregistrés et forment nos cordes vocales « pour la vie ».


           Un simple exemple :  ce que j’appelle les  « 3 h » en arabe, les lettres «  » «» et «». Ces trois lettres sont très difficiles à prononcer pour une personne dont la langue maternelle est le français car ces sons n'existent pas dans cette langue.


Ces lettres sont difficilement prononçables pour une personne non arabophone et elle ne peut pas non plus aisaiment faire la différence auditive entre ces trois lettres. Notons que le son « kh » de l’alphabet arabe ( ج ) est le son « j » espagnol (la jota ; première lettre du prénom José, se prononce donc comme les deux premières lettres du prénom Khadija, la jota espagnole se prononçant comme la lettre arabe)

 

        Il est donc tout aussi difficile de faire la différence auditive entre ce que j'appelle les "3 h" de l'alphabet arabe pour une personne dont ce n'est pas la langue maternelle que de faire la différence entre "ou", "o" et "u" pour une personne dont le français n'est pas la langue maternelle.

 

        D’autre part les lettres arabes ne s’écrivent pas de la même façon selon leur place dans le mot c'est-à-dire selon qu’elles sont placées, au début, au milieu ou à la fin du mot.

 

Exemples :                         ou par exemple pour la lettre :               

 

           A la fin    au milieu    en début

 

 

 

Nous devons donc partir de l’acquis d'une personne (quelque soit son niveau) pour progresser et l’amener à connaître et accepter, « adopter » ce qu’elle souhaite acquérir, c'est-à-dire un « nouvel acquis », en l’occurrence ici une nouvelle langue ; et aussi apprendre de nouveaux sons ou phonèmes.

 

C’est après moult réflexions que j’ai décidé de rédiger ce qui suit, parce que "apprendre" ne doit plus être « indigeste ». Et si ma méthode paraît,  simpliste ou originale, elle est je crois, néanmoins efficace.

 

 

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