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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 21:15

En ce qui concerne les personnes inscrites aux cours d’alphabétisation et en particulier les femmes : Partir de leurs acquis et ne jamais mettre la personne en situation d’échec.

 

Deux points sont essentiels pour éviter l’échec ou la « stagnation » dans le processus de l’apprentissage. Le premier point paraît évident : évaluer les connaissances de la personne,  lorsque cela est possible, pour savoir sur quels points s’appuyer (la personne sait elle s’exprimer en français ? Est-ce que la personne le comprend ? Et si oui connaît elle un peu les lettres ou pas du tout ?). Cette prise de contact est bien sûr importante pour savoir par quoi et comment démarrer cet apprentissage. Le deuxième point qui me semble aussi important c’est le fait d’éviter les situations d’échec : demander par exemple à une personne de construire une phrase, ou même de lire un mot avant de s’être assuré que celle ci  a bien mémorisé les lettres ne peut que la mettre en situation d’échec ; ce qui peut avoir des conséquences graves par la suite. La personne peut se retrouver donc bloquée et perdre toute confiance en ces capacités. Alors que la réussite va l’encourager et la « préparer » à mieux passer à l’étape suivante. Valoriser la personne est plus utile que de la mettre en situation d’échec.

 

La démarche peut sembler  lente mais il faut absolument commencer par l’essentiel et surtout étape par étape, revenir sans arrêt sur ce qui a été fait pour le consolider avant d’aller vers l’étape suivante. Il est nécessaire de parler (si possible) au départ dans la langue d’origine des « apprenants/tes » pour leur donner des repères et leur permettre d’aller peu à peu vers cet inconnu pour eux : l’alphabet ! C’est pour cette raison qu'on doit partir de ce que ces personnes possèdent et connaissent déjà au départ à savoir leur propre langue, si possible (d’où l’intérêt de parler leur langue d’origine si on la connaît). Il peut également s'avérer nécessaire de faire des répétitions sans jamais se décourager ni les décourager ou perdre patience. Ne jamais penser que ce qu'on fait est inutile ni jamais penser que « l’Apprenant » ne fait pas d’effort ou, pire encore, que l’apprenant est « limité intellectuellement » ! Prendre en compte l’âge, la situation personnelle ainsi que l’environnement familiale de la personne est nécessaire pour être efficace dans ce qu’on est censé lui apporter comme aide. Ces personnes manquent forcément de confiance en leurs propres capacités surtout les femmes originaires du continent nord africain,  du fait, par exemple, que celles ci n'étaient pas forcément scolarisées petites filles dans leur pays d’origine il y a de cela quelques années encore (et ce surtout dans les campagnes). Pour ces femmes notamment,  l’apprentissage de l’alphabet est presque « un fruit défendu » réservé à la gent masculine. Donc il est absolument nécessaire en premier lieu de les « déculpabiliser » d’avoir cette envie d’apprendre ou de ne pas avoir appris, de leur donner confiance en elles et ainsi leur faire prendre conscience de leur potentiel intellectuel qui a été jusque là « mis en veilleuse ». Il ne s’agit pas non plus de les faire passer pour des victimes ! La vie de ces femmes consiste souvent à être de bonnes mères et de bonnes épouses. Certaines se font violence en venant apprendre un savoir réservé aux hommes dans leur milieu social et les mettre en situation d’échec ne peut que les conforter dans leur idée que le « savoir  lire et écrire » est un privilège qu’on a eu raison de leur interdire et donc risquer de les faire fuir. Il me semble donc important de tenir compte de tous ces problèmes d’ordre culturel, psychologique, financier et même affectif pour mieux les aborder, gagner leur confiance et capter toute leur attention. En les mettant à l’aise et en confiance on ne peut donc qu’obtenir, tôt ou tard, de bons résultats, en tout cas meilleurs que si on les dévalorise. C’est pour cela que j’insiste sur le fait d’aller d’abord sur leur terrain, c'est-à-dire de se mettre à leur niveau, en leur parlant leur langue d’abord avant de leur parler celle qu’elles souhaitent apprendre et de par là même les amener peu à peu enfin à parler français le plus correctement possible.

 

Tout d’abord il est bon en premier lieu de familiariser ces personnes à tenir un crayon ou un stylo, ce qui n’est pas si facile que ça pour des personnes qui n’ont jamais écrit de leur vie et qui ont pour la plupart  40 ans, voire plus!

 

Pour ce qui est de l’apprentissage proprement dit des consonnes et des voyelles, plus on fait dans la simplicité et mieux cela vaut !  Il ne faut pas aller trop vite mais s’assurer à chaque fois que la reconnaissance des lettres apprises est bien ancrée dans leur mémoire avant d’aller vers de nouvelles lettres, quitte à se répéter ! Chaque nouvelle lettre doit être bien « digérée »   avant de leur en imposer de nouvelles. On ne construit pas le plafond d’une maison avant de faire d’abord la base, le sol et les murs ! Pour que l’apprentissage soit donc solide et que tout le reste « tienne » à long terme il me semble nécessaire de s’arrêter souvent pour revenir sur ce qu’on a déjà vu (histoire de s’assurer que le tout a été bien « digéré ») c'est à dire laisser aux Apprenants le temps de s'approprier son apprentissage. Après avoir acquis enfin la lecture des lettres alors seulement on peut aborder la notion de syllabe et donc peu à peu déclencher le mécanisme de lecture. Cela peut sembler épuisant ou frustrant au départ mais vouloir aller trop vite c’est se vouer d’avance à l’échec et donc forcément à la déception. Si chaque étape est scrupuleusement respectée alors on a, d’après ce que j’ai constaté durant mon expérience professionnelle et  avec des personnes s’inscrivant pour la première fois,  99,99 % de réussite ! Toute personne est capable d'apprendre pour peu qu'on la valorise et qu'on encourage sa motivation ; et c'est ce pourquoi j'ai foi en la méthode que j’utilise et que je décrirais comme « méthode de construction » (d’abord les fondations, une base solide avant de commencer les murs qui doivent soutenir le plafond).

 

Après cela seulement on peut alors parler de « mot » et peu à peu de « phrase » et ainsi de suite Penser que c’est la personne en face de soi qui ne veut plus progresser ou qui a atteint le sommet de ses limites n’est pas très charitable et il n’est pas interdit de se dire « que n’ai-je pas fait comme il faut pour que cette personne n’avance plus ? », « dois je changer de méthode ? », « de quel autre moyen puis je disposer pour faire avancer les choses ?». Chaque personne étant unique, il faut à chaque fois trouver la meilleure méthode qui lui convient, quitte à l’inventer !

 

Une chose est très importante à mes yeux : c’est de féliciter  les apprenants et de les encourager lorsqu’on constate que ceux ci  ont bien mémorisé les lettres. Cela peut paraître puéril mais j’ai l’intime conviction que cela les rassure et les conforte dans leur apprentissage. Quitte à paraître exubérants mais applaudir ou dire « bravo, c’est formidable » lorsque les apprenants font des progrès n’est pas du tout inutile et cela vaut toujours mieux que de les mettre systématiquement en situation d’échec ou d’infériorité. Ces personnes nous apportent autant que nous leur apportons et leur montrer ainsi que nous sommes satisfaits de les voir progresser c’est leur faire comprendre que, elles aussi nous apportent une certaine satisfaction et que leur sort ne nous est pas indifférent.

 

Bien entendu, les manuels ou livres d’apprentissage sont des outils précieux pour nous aider dans toutes ces démarches mais ils ne doivent surtout servir que comme compléments et « garde-fou » pour nous guider et nous permettre donc d’avoir une ligne de conduite cohérente ; mais s’en tenir qu’à ces seuls outils  serait une grave erreur de notre part.

 

Pour les autres Apprenants et en règle  générale :

 

La règle est plus ou moins la même pour tous : partir là aussi de l’acquis pour aller vers de nouvelles connaissances. Pour les personnes en remise à niveau ou en apprentissage du Français Langue Étrangère la difficulté consiste à leur éviter de perdre du temps ou, encore pire,  à s’ennuyer. Mais la plupart du temps ces personnes sont capables de s’exprimer et donc par là même en mesure de nous dire quelles sont leurs lacunes et ce que chacune d'elles attendent de nous, ce qui, bien sûr, nous facilite la tâche. Et je ne vois pas pourquoi on hésiterait à leur poser carrément la question « que voulez vous exactement ? Progresser en grammaire ? En vocabulaire ? Qu'attendez vous exactement de nous ? ». Il est important et même bénéfique de les faire participer à leur propre apprentissage, là aussi pour leur éviter d’être en situation d’infériorité. Beaucoup d’entre elles ont obtenu des diplômes universitaires dans leur pays d’origine et sont donc familiarisées avec la lecture et l’écriture mais dans une autre langue et souvent avec un autre alphabet. A noter aussi qu’en arabe l’écriture se fait de droite à gauche alors que l’écriture latine se fait de gauche à droite, d’où les difficultés qui en résultent pour les personnes qui doivent construire des phrases en français et ayant fait des études en arabe. Sans oublier les difficultés liées à certains  phonèmes qui n’existent pas dans leur langue d’origine. Je pense par exemple à « on » ou à la lettre « p », entre autres,  qui n’existent pas dans la langue arabe. Je ne suis pas linguiste mais je devine les difficultés pour ces personnes qui doivent apprendre de nouveaux phonèmes n’existant pas dans leur langue d’origine. Et là aussi il faut être prudent et tenir compte de ces difficultés liées à la langue maternelle. Bien entendu ce ne sont là que des constatations que j’ai pu faire durant ces années mais en apprenant aux autres on apprend soi même et on apprend chaque jour davantage. Ce qui doit être essentiel avant tout est le but à atteindre : que ces personnes apprennent le français et qu’enfin elles deviennent autonomes et de moins en moins dépendantes de celles qui savent lire et écrire en français : leur insertion/intégration et la vraie liberté commencent par là !

  

En ce qui concerne les enfants et les adolescents nouvellement arrivés en France le soutien scolaire est absolument nécessaire lorsqu’on pense à cette phrase célèbre: « Ouvrez une école et vous fermerez une prison » ! C’est pour cette raison que le soutien scolaire aux enfants issus de l’immigration est utile pour les aider à s’intégrer et à avoir les mêmes possibilités et les mêmes chances de réussite que les enfants issus de familles de souche française. Les écoles n’ont pas toujours un enseignement adapté à leurs difficultés liées à leur pays d’origine et à leur langue maternelle. Si ces enfants ne sont pas aidés ils sont voués à un avenir sombre et la délinquance alors risque de leur ouvrir ses bras. Il me semble important de souligner et d'insister sur le fait que les enfants de parents immigrés sont les enfants de ceux que la France a fait venir  pour avoir une main d'oeuvre à bas prix ; leurs pères ont construit les H.L.M dans lesquelles on les a "parqués" . La moindre des choses est donc me semble t-il d'aider ces enfants au lieu de les mettre en échec scolaire, le premier soutien étant de leur permettre d'acquérir les savoirs de base et de les aider à avoir autant de chance de réussite à l'école que les autres. Ces enfants ont bien souvent un potentiel énorme et là aussi nous nous devons de les aider à ce qu’ils ne soient pas condamnés d’avance. Ils sont les citoyens de la Nation future ...

 

 

 

 

 

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