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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 12:35

Il  est bien plus difficile d’apprendre à lire et écrire à l’âge adulte qu'il n’est de le faire avant l'âge de 5 ou 6 ans. Le mécanisme de la lecture doit être enclenché le plus tôt possible, dès que l’enfant acquiert celui du langage. Plus on apprend à lire tardivement et plus cet apprentissage devient difficile et laborieux. La majorité des femmes Maghrébines que j’ai  rencontrées dans les associations sont issues de milieux pauvres, agricoles ; elles sont dépendantes de leur époux avec de grandes charges domestiques et donc par conséquent peu de temps pour elles. Il est plus facile d’apprendre à lire, écrire ou même une nouvelle langue lorsqu'on est enfant que lorsqu'on est maman analphabète de quatre ou cinq enfants dont il est normal de s’occuper.

 

Il est donc primordial de comprendre et d’être proche de ces personnes pour les aider de façon efficace et pour cela il est essentiel de comprendre leur milieu et leur histoire. Sans empathie on ne peut les aider efficacement et surtout durablement. Il faut donc partir de leurs connaissances et de leur vécu pour envisager un apprentissage. Leurs connaissances et leur vécu doivent donc servir de tremplin pour accéder et « enclencher » ce mécanisme de lecture/écriture.  Pour cela, on peut utiliser des images, des notions concrètes ou mêmes abstraites mais on doit partir de choses quotidiennes pour peu à peu arriver à ce qu'on appelle l’alphabétisation. Tout au long de mon expérience je n’ai cessé d’utiliser ce que j’appelle des « mots-clefs » comme par exemple pour l’adjectif. J’ai toujours expliqué que ce mot est un caméléon car sa fonction même l’exige. Le caméléon change de couleur selon son environnement ainsi l’adjectif qui change d’orthographe selon le nom auquel il s’accorde. Le mot « caméléon » est donc un « mot-clef » tout comme « fil/aiguille » etc…

 

1) Un pantalon bleu

2) Des pantalons bleus      Le  mot bleu est écrit 4 fois et de 4 façons différentes

3) Une veste bleue        (bleu est un mot «caméléon»,  qui change selon le nom auquel il est attribué)

4) Des vestes bleues

 

 On comprend vite que cette méthode est, à mon avis, la meilleure et c'est celle qui m'a paru la plus efficace suite à mon expérience auprès de divers publics ; en particulier auprès d'un un public de personnes de l'Afrique du Nord. Mais du fait que je suis bilingue je peux comprendre la difficulté, au niveau des « sons » ou phonèmes,  rencontrée par ces personnes (je parle leur langue mais elles ne parlent pas forcément la mienne). Je suis francophone et arabophone (de naissance et je ne pourrais dire quelle est ma langue « maternelle » puisque j’en ai deux, non pas deux mamans, bien sûr, mais deux langues apprises en « parallèle », l’une apprise de ma mère Marocaine, avec toutes ses subtilités ( subtilités qu'on ne peut acquérir que très tôt) et l’autre, celle de mon père, avec également ses subtilités propres (mais que j’ai pu tout à fait  comprendre et acquérir également  très tôt aussi). Donc, il m'est aisé de comprendre ces deux langues, ces deux mondes linguistiques,  bien qu'ils puissent paraître différents aux yeux du quidam. Les personnes, que je dois accompagner pour apprendre le français, ne sont, elles, que berbérophones voire arabophones mais rarement francophones ! Ce qui implique qu’elles ne connaissent qu’une partie de ce monde que, nous, nous connaissons. Je connais donc l' univers de ces personnes sans que, elles, ne connaissent le mien. C’est pour cette raison qu’il me semble qu’enseigner n’est pas uniquement transmettre, enseigner c’est « transmettre comme il faut » ; c’est à dire faire de sorte que ce qu'on transmet soit transmis de façon correcte, de façon réelle et non « vu par une lorgnette » et non erronée (ou selon son « monde à soi »). Il est bien plus difficile d’apprendre le son « on » ou « gn »  pour un adulte qui n’a quasiment jamais entendu ces sons que pour une personne dont il sera familier depuis sa plus tendre enfance.  Le son « b » est familier aux arabophones parce que ce « son », cette consonne, existe dans l'alphabet arabe (bien qu’elle s’écrive différemment) ; et là l’apprentissage  devient forcément plus aisé puisqu'il s’agit dans ce cas précis juste de transcrire la lettre arabe en lettre latine [m= , b = , j = (mais les deux consonnes ch = ; c'est-à-dire que pour prononcer ce son en français on a besoin de deux lettres, la lettre « c » avec la lettre « h », toutes deux consonnes, alors qu’en arabe une seule lettre suffit , la lettre )  comme ou =  و ]. Pour me faire comprendre je dirais que, par exemple, pour faire le son « t » qui existe en langue latine il faudrait deux lettres ensembles dans une autre langue …et d’ailleurs c’est le cas pour faire le son arabe ﺝ qui est une lettre entière, la lettre ﺝ tout simplement ! Et qui existe également en espagnol, c’est la fameuse jota, la lettre « j » en espagnol se prononce comme la lettre ﺝ en arabe (mais ce son existe aussi en allemand …). Accompagner dans l'apprentissage, enseigner (peu importe le terme utilisé) une nouvelle langue à une personne c’est bien souvent, et plus encore parfois, l'accompagner dans sa découverte de nouveaux phonèmes, de nouveaux « sons ». Ce n’est tout de même pas pour rien qu’on dit langues latines pour les langues occidentales …bien que le «th » anglais soit plus proche du ث  arabe que du « » français et que le « j » espagnol soit plus proche du جde l'alphabet arabe que du « » du français. Chaque langue a, il est vrai, ses propres difficultés mais le français est sans doute l'une où l'on rencontre le plus de difficultés d'ordre "orthographiques". Il suffit pour cela de voir le nombre de mots homophones ( Orthographe : les mots homophones, attention aux pièges ! ) pour comprendre ce que cela peut représenter au niveau du "paradigme orthographique"  d'une personne de langue anglaise.

  

- Le premier point très important est que les sons « S’APPRIVOISENT » DES L’ENFANCE : Dès notre prime enfance nos cordes vocales se forment pour la vie ! Nous apprenons à parler avec notre mère (puisque c’est la mère qui est tout d’abord au contact de l’enfant) et c’est donc tout naturel que ce soit les premiers phonèmes entendus qui soient les plus faciles à prononcer. La langue que nous entendons à notre naissance et durant les premières années (apprise donc en premier) est celle qui va former nos cordes vocales (c’est bien pour cette raison qu’on dit « langue maternelle », première langue qu’on entend lorsqu’on est dans le giron de sa mère). Ce qui veut dire qu’avec « première langue » il y a forcément « premiers sons » et ces « sons » (ou phonèmes) sont enregistrés et forment nos cordes vocales « pour la vie ».


           Un simple exemple : ce que j’appelle les  3 "h" en arabe, les lettres « ﺝ »  (en phonétique dj) «ﺡ» (en valeur phonétique le h avec un point dessous) et «ﮬ» (en valeur phonétique h). Ces trois lettres sont très difficiles à prononcer pour une personne dont la langue maternelle est le français car ces sons n'existent pas dans cette langue ; tout comme le son "u" n'existe pas en arabe, en anglais ou en espagnol. Difficile donc de faire la différence entre "on" (son nasal), "ou" (l'équivalent de la lettre و  en arabe et qui se rapproche plus du "u" anglais que du "u" français), "o" et "u" ! Les  lettres arabes ح , ج    et      sont des lettres qu’une personne non arabophone  peut difficilement prononcer mais noter que le son « kh » de l’alphabet arabe la lettre ج  est le son de la lettre « » espagnol (la jota ; la première lettre du prénom José se prononce comme les deux premières lettres du prénom Khadija, la jota espagnole se prononçant comme la lettre arabe) Il est également extrêmement difficile voire impossible de faire la différence entre  ع  (ain) et غ  (ghain) lorsqu'on n'est pas arabophone. À l'oreille ces deux lettres sont presque identiques. Tout comme les lettres arabes     ,  ت  et  ث  ( qu'on pourrait nommer les 3 "t") ou encore     et   .

 

Il est donc tout aussi difficile de faire la différence auditive entre ce que j'appelle les "3 h" de l'alphabet arabe pour une personne dont ce n'est pas la langue maternelle que de faire la différence entre "o" [], "ou" [u] et "u" [y]  pour une personne dont le français n'est pas la langue maternelle. Difficile aussi de différencier le son "an" [ã] du son "on" [õ] et aussi le son "o" [] (o ouvert comme dans "porte") du son "ou" [u].

 

- La deuxième chose à prendre en compte en dehors de la prononciation et que les lettres arabes ne s’écrivent pas de la même manière selon leur place dans le mot c'est-à-dire selon qu’elles sont placées, au début, au milieu ou à la fin du mot. Cela en plus du fait qu'en arabe on écrit de droite à gauche et non de gauche à droite comme en latin.

 

Exemples :                                

 

                  A la fin            au milieu            en début

 

ou encore pour la lettre :            ﻌ   

 

 

 Nous devons donc partir de l’acquis d'une personne (quelque soit son niveau) pour progresser et l’amener à connaître et  « adopter » ce qu'elle souhaite acquérir, c'est-à-dire une langue étrangère ; ce « nouvel acquis » étant en l’occurrence ici la langue française, la grammaire française et de nouveaux phonèmes dont la prononciation n'est pas forcément aisée.

 

C’est après moult réflexions que j’ai décidé de rédiger ce qui suit, parce que "apprendre" ne doit plus être « indigeste ». Et si ma méthode paraît,  simpliste ou originale, elle est je crois, néanmoins efficace.

 

En ce qui concerne l’alphabétisation

    

Un alphabet est fait de signes graphiques et chaque signe correspond à un son. On peut très bien retrouver un son dans diverses langues (un son peut être commun à l’arabe, l’espagnol et l’allemand, par exemple le « ch » allemand se prononce comme la jota espagnole « j » ou la lettre «  » arabe) mais certains sons n’existent que dans certaines langues. Une personne dont la langue maternelle est le français aura beaucoup de mal à prononcer la jota espagnole ou le ﺥ arabe. Nos cordes vocales se forment très tôt lorsqu’on apprend à parler sa langue maternelle et c’est pour cette raison qu'il est bien plus facile d’apprendre plusieurs langues lorsqu’on est encore enfant.

 

L’alphabet : outil de communication entre personnes ayant le même langage, donc le même code pour communiquer par écrit.

 

            L’alphabet est un outil de communication, un « code » entre personnes parlant la même langue. Cette alphabétisation doit se faire évidemment en parallèle avec l’apprentissage de la langue orale (l’écrit ne peut se faire indépendamment de l’oral puisque l’écrit n’est qu’une « transcription » du langage, donc de l’oral). On peut utiliser des images, des « mots-clés ». 


            Il est nécessaire d’expliquer aux personnes concernées ce qu’est un langage écrit, transcription du langage oral, et l’utilité de ce langage écrit. Les lettres ne sont donc que des outils qu’on utilise pour communiquer à distance à travers le temps.

  

Expliquer l’utilité de cet outil (l’alphabet) et son rôle social : les sociétés actuelles sont de plus en plus basées sur l’écrit (les journaux, les magazines, réception des factures, les documents administratifs, les ordonnances des médecins, les convocations etc.)

 

Après avoir parlé de l’alphabet (outil de communication) en général, entrer dans les détails en expliquant d’abord ce qu’est une voyelle (un seul son). Les Apprenant(e)s du niveau de départ doivent tout d’abord se familiariser avec les différentes voyelles. Une fois cette information « digérée » et que les voyelles sont enfin mémorisées, alors commencer l’apprentissage des consonnes.  Il est nécessaire me semble t-il de bien comprendre la différence entre la voyelle et la consonne, de comprendre ce qui les différencie sur le plan auditif.


Expliquer alors que l’écriture nécessite la combinaison obligatoire des consonnes et des voyelles. On ne peut pas lire un mot écrit uniquement avec des consonnes. Certains mots cependant sont écrits uniquement avec des voyelles parce que celles ci ne forment qu'un seul phonème comme par exemple dans les mots  "oie", "eau".

 

 → Les voyelles

→ Les consonnes

→ Les syllabes : consonne  +   voyelle  =   syllabe

                                           B   +       a       =      Ba

 

Nous avons 26 lettres dont 6 voyelles. L’alphabet latin comprend des consonnes et des voyelles. La combinaison des deux permet de faire des syllabes avec lesquelles on pourra écrire des mots puis des phrases pour faire un texte.

 

Il est très important d’expliquer chaque mot et de progresser par paliers.

 

Les voyelles :   aeiuy


Le e sans accent ne se prononce pas comme le e avec un accent :  é  è  ou  ê

 

La consonne ne peut exister, se prononcer, sans voyelle. La voyelle est, elle, un son unique.

 

En arabe il y a plusieurs façons de marquer les voyelles, les voyelles peuvent être longues ou brèves alors qu’en français il n’y a  qu’une seule façon de marquer les voyelles.

 

Après l’apprentissage des lettres il est utile de faire des dictées de lettres simples pour exercer sa mémoire. Après des dictées de lettres on commence peu à peu à faire des dictées de syllabes simples en rappelant que « le fil suit l’aiguille ».

 

Voir le son « j » (jeune, joli, jamais), le son « g » (devant « e » genou, cage ; devant « i » girafe, girouette) et « gu » devant « e », « i » ou « y » comme guitare. Voir également « g » dans les autres cas comme garage, glace, gorille etc.

 

Les différences entre g et j :

 

  Pour les lettres g et j c’est la même chose que précédemment (é et i …) les sons sont différents (voir tableau plus bas). On peut sortir le son « » sans desserrer les dents. À noter que j se prononce « kh ou k » en espagnol (la jota espagnole) comme se prononce la lettre  dans l’alphabet arabe.

 

Le j en français se prononce comme la lettre arabe comme par exemple dans   ﺠﻠﻤﻴﻞ qui veut dire en arabe beau (jamil comme le prénom arabe ou l’adjectif qui veut dire beau)

 

La lettre g se prononce différemment avec a, o et u : garage, gosse, Gustave et avec e et i comme dans genou et girouette. 

 

On peut s'aider d'un dessin pour arriver au but : faire comprendre à l'apprenant qui ne connaît pas l'alphabet latin, la différence de son entre "é" et "i" ainsi que la différence entre "g" et "j".

 


Voir également la consonne "c" avec les voyelles "a", "o", "u" et "e", "i".

 

 

La "traîtrise" des consonnes "c" et "g"

 

On peut commencer par des exercices très simples pour évaluer le niveau de compréhension des Apprenants comme par exemple les exercices ci-dessous :

 

Exercices oraux au tableau : classer les lettres par « catégorie » (consonne ou voyelle), classer dans la colonne lettre ou la colonne syllabe. Les exercices écrits peuvent aider à la mémorisation ; en allant toujours du plus simple au plus compliqué.

 

Voici ci-dessous quelques exemples d'exercices possibles pour aider à la mémorisation  :

 

1) Classement de voyelles et consonnes

 

a - m - p - s - i - u - l - e - r - è - o - b

 

y - g - f - n - t   

 

VOYELLES CONSONNES
   
   
   
   
   
   
   

 

2) Classement de lettres et de syllabes

 

m - ta - pi - la - s - so - f - i - fi - sa - a - 

 

 ri - ba - c - ma - t - pu - da - pa - l - do

 

 v - z - vi - li - to - ra - ca - po

 

LETTRES SYLLABES
   
   
   
   
   
   
   

 

 

3) Classement de voyelles, consonnes et syllabes

 

 m – k – l – m – a – ta – mu – to – ma – te –

 

i – ja – l – la – ri – mo – n – q – li – va – si 

 

 b – di – fi – s – lo – pa – ba – v – va – vi 

   

VOYELLES CONSONNES SYLLABES
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

 

               Ce cheminement est nécessaire pour que l’apprentissage soit solide, en allant toujours du plus simple et en procédant donc par étapes. C’est pour cette raison que j’utilise l’image du fil et de l’aiguille.

 

Là commence quelque chose qui peut paraître anodin, voire stupide, pour n’importe qui sachant lire et écrire,  mais qui s’avère intéressant comme démarche permettant de comprendre le mot syllabe. Pour coudre il faut un fil et une aiguille et lorsque le fil est dans le chas de l’aiguille alors on peut enfin coudre deux bouts de tissu ! Si on a qu’une aiguille (ou même mille aiguilles) sans un seul fil (et ce quelque en  soit la couleur) on ne peut pas coudre. De même si on a que des bobines de fils (et là aussi, peu importe la couleur ; on peut avoir mille bobines de fil) mais sans une seule aiguille (pas la plus petite aiguille, pas même une aiguille tordue) on ne peut pas coudre non plus ! C’est ainsi pour écrire, il faut des consonnes et des voyelles ; la consonne suivant la voyelle tout comme le fil suit l’aiguille…Il est extrêmement important de savoir au moins lire car cela permet un minimum de liberté et de pouvoir voler de ses propres ailes sans être toujours tributaires de ceux qui savent lire.  

 

Pour coudre il faut obligatoirement un fil et une aiguille.

 

Pour écrire il faut aussi des consonnes et des voyelles.

 

 

 070923194422_74.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by CREISSON
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commentaires

Nathaie TORRES 08/06/2011 23:16



excellent travail sur l'approche, la méthode et la maitrise de l'alphabétisation Nora!!!que de points en communs nous avons décidément toutes les 2!!!j'ai vraiment hate de notre
rencontre!Nathalie TORRES



CREISSON Nora Catherine 23/12/2011 19:23



Mrci beaucoup ! Mon travail n'est pas un travail mais une vraie passion ! Et il est passionnant d'exercer un métier qu'on aime ! J'apprécie le commentaire d'une collègue qui pratique son métier
avec autant d'humanisme car je suis et reste persuadée que pour faire ce travail il faut être très humain et être capable de ressentir beaucoup d'empahie ! Merci infiniment !


Nora Catherine Creisson



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